Journée d'étude Jeunes chercheurs: Pratiques de la recherche et innovation en dehors de l’Université en Europe 17e-21e siècles

Journée d'étude Jeunes chercheurs: Pratiques de la recherche et innovation en dehors de l’Université en Europe 17e-21e siècles

20/11/2020 (Jour entier) - 21/11/2020 (Jour entier)
Goethe-Universität Frankfurt

 « Le 2 avril 1853, le Révérend George Jones, aumônier de la marine américaine s’embarqua pour un voyage nautique vers le Japon et retour, et observa la lumière zodiacale chaque nuit, chaque soir et chaque matin pendant toute la durée du voyage, soit une période de plus de deux ans. Jones fut méticuleux dans sa documentation de l’apparence du phénomène, et fit des efforts pour éliminer la subjectivité de ses découvertes en cherchant la corroboration de ses compagnons sur le bateau, lesquels n’avaient pas d’attentes préalables sur ce qu’ils étaient censés voir. Ses relevés, publiés en 1856 à Washington, furent la première étude sérieuse et prolongée du sujet et représentent encore aujourd’hui le recueil de données le plus complet consacré à la lumière zodiacale ; en particulier, son compte-rendu de sa variabilité selon le temps et la latitude restent matière à réflexion. » (May, 2008, A survey of Radial Velocities in the Zodiacal Dust Cloud, New York : Springer, 4)

Cet exemple montre la manière dont des conditions de recherche extra-académiques influencent le savoir produit. Ici, un aumônier de marine, astreint à de très longues missions accompagnées de mouvements de latitude se livre à des observations astronomiques du même phénomène sur une longue période d’une manière qui ne serait pas possible pour d’autres acteurs. Son travail restait – à tout le moins il y a douze ans – une source d’informations exploitables pour des astrophysiciens s’intéressant à la question.

L’objectif de ce colloque est d’examiner la production des savoirs scientifiques, médicaux, techniques et artistiques en dehors du monde académique en Europe entre le 17e et le 21e siècle. Il s’agit de comprendre qui sont ces acteurs extra-académiques, et d’étudier les interactions entre les conditions de production de la recherche, le savoir produit et sa réception. Ce questionnement ne doit pas nous amener à présupposer une marginalité des acteurs en question, ni leur centralité d’ailleurs, mais invite à examiner la complexité des interactions entre des milieux sociaux et savants, et ce à différentes échelles.

Une sociologie de ces acteurs non académiques est un premier angle d’attaque au moyen d’une approche biographique ou prosopographique. Ce colloque invite ainsi à s’intéresser à des groupes placés à l’intersection des mondes professionnels et universitaires : ingénieurs, experts ou membres de sociétés savantes. L’impact des situations de domination, de classe ou de genre, ainsi que les situations coloniales ou post-coloniales dans la production du savoir sont aussi à prendre en compte. Un deuxième enjeu a trait aux conditions matérielles d’observation et de collecte des données. Les acteurs extra-universitaires ont des conditions de recherche spécifiques qu’il nous faut examiner, en cherchant à comprendre en quoi ils influencent en retour la production de résultats, tout comme leur forme ou encore leur réception

La prise en compte d’une période de quatre siècles suppose de chercher à saisir les évolutions sur la longue durée de la pratique scientifique - parallèlement à la professionnalisation progressive des universités et, corolaire, des universitaires. Parmi les transformations à considérer, le développement des universités et leurs liens aux mondes professionnel et politique, la constitution progressive des disciplines et leur autonomisation, l’industrialisation et la place croissante de l’inventivité technique et des brevets sont à prendre en compte. Trois axes principaux de recherches ont ainsi pu être identifiés  :

  • Axe 1 : Conditions de production du savoir ;
  • Axe 2 : Acteurs extra-universitaires : portrait de groupes ou d’individus ;
  • Axe 3 : Transmission du savoir et interactions avec le milieu universitaire.

Ce colloque est organisé dans un cadre franco-allemand. L’espace pris en compte est prioritairement l’Europe avec un accent porté sur ces deux pays, en incluant, pour les périodes où cela est pertinent, leur espace colonial. Des communications sur d’autres espaces sont toutefois possibles.

Les langues du colloque seront le français, l’allemand et l’anglais. Une maîtrise au moins passive de ces langues sera un avantage certain pour pouvoir suivre les débats. Il s’agit d’un colloque destiné à de jeunes chercheurs et donc ouvert aux doctorants, jeunes docteurs et post-doctorants, avec la possibilité d’inclure des masterants avancés ou des chercheurs (maîtres de conférence / Dozenten) en début de carrière. Ce colloque est organisé par des historiens et historiens des sciences mais est ouvert le cas échéant à d’autres disciplines de sciences humaines et sociales, voire à des jeunes chercheurs venant d’autres disciplines (sciences naturelles, ingénierie, médecine, informatique etc.) ayant une réflexion historique sur leur objet de recherche.

La journée d‘étude se tiendra sur un jour et demi et sera composée de 5 panels thématiques. Anne Rasmussen, directrice d’études à l’EHESS donnera à la fin du premier jour du colloque, une conférence en tant qu’invité d’honneur.

Cette journée d’étude était initialement prévue les 15 et 16 juin, elle a été déplacée aux 20-21 novembre en raison de l’épidémie de coronavirus.

 

 

 

 

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