
L’habitant des grandes villes se tient toujours à disposition. Le plus souvent, il n’est pas propriétaire de son logement, mais locataire expulsable. Son contrat de travail est rarement stable : il est précaire et résiliable. Chaque jour, cet individu croise une multitude de personnes qu’il ne connaît pas et dont il ne sait rien. Il a peu de temps, est constamment en mouvement, et est à la merci des infrastructures urbaines. La plupart des bâtiments qui l’entourent restent pour lui de simples façades. Il est voué à l’isolement, ses liens sont révocables, il oublie et est oublié. L’habitant des grandes villes fait partie d’un environnement urbain dépourvu de centre, fragmenté et en constante mutation. Personne n’y est indispensable, tout le monde y est tôt ou tard remplacé.
L’habitant des grandes villes incarne ce qui caractérise la modernité : contingence, fragmentation, changement, fugacité. Ce n’est pas un hasard si la sociologie naît avec et dans les grandes villes au début du XXe siècle et si ces grandes villes deviennent un objet central pour la sociologie. En Allemagne, cela vaut surtout pour Berlin, la troisième plus grande ville du monde vers 1920. À l’époque, plusieurs textes analysant la modernité à partir de l’expérience quotidienne de la grande ville sont rédigés dans la capitale de la République de Weimar. Parmi leurs auteurs, on compte Georg Simmel, Walter Benjamin et Siegfried Kracauer.
La « promenade théorique » a pour objectif de redécouvrir en Berlin l’un des principaux théâtres de la modernité européenne. Elle s’appuie sur une sélection de textes d’auteurs classiques, qui seront confrontés aux réflexions théoriques de Niklas Luhmann sur l’individualité dans une société fonctionnellement différenciée. On pourra voir ainsi à la fois comment ces textes du début du siècle illustrent la théorie luhmannienne de l’individualité et comment Luhmann les interprète et les réintègre dans sa propre théorie. La discussion commune de ces textes sera complétée par la visite de lieux et la découverte d’œuvres emblématiques, caractéristiques de l’expérience de la grande ville.
Conditions de participation
- être inscrit à l’EHESS ou à l’université Goethe de Francfort-sur-le-Main (master, doctorat, post-doctorat),
- être disposé à lire au préalable les textes indiqués ci-dessous.
Les langues de travail sont le français et l’allemand. Les frais de voyage et d’hébergement sont pris en charge sur la base d’un forfait de l’EURETES « Faire société ».
Inscription
- jusqu’au 31 octobre 2025 auprès de falk.bretschneider@ehess.fr et alice.vincent@univ-fcomte.fr
Lectures
- Benjamin, Walter, « Expérience et pauvreté », in Œuvres, t. II, Paris : Gallimard, 2013 [1933], p. 364-372 et « Panorama impérial », in Rue à sens unique, Paris : Allia, 2015 [1928], p. 24-36.
- Kracauer, Siegfried, « L’ornement de la masse », in L’ornement de la masse. Essais sur la modernité weimarienne, Paris : La découverte, 2008 [1927], p. 60-71.
- Luhmann, Niklas, « Individual, individuality, individualism », in The making of meaning. From the individual to social order, Oxford : Oxford UP, 2022 [1989], 217–299.
- Simmel, Georg, Les grandes villes et la vie de l’esprit, Paris : Payot, 2013 [1903], p. 37-72.
Organisation
- Falk Bretschneider (EHESS Paris)
- Andreas Häckermann (Université Goethe Francfort / IFRA-SHS)
- Rainer Maria Kiesow (EHESS Paris)
- Dominik Schrage (Université technique de Dresde)
- Alice Vincent (Université MLP Besançon / IFRA-SHS)