Les mondes du futur

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« Les mondes du futur » : qu’est-ce que nous voulons et pouvons savoir ?

Cet axe scientifique de l’IFRA-SHS, animé par Miriam Teschl, a pour vocation de créer des passerelles entre les sciences économiques, humaines et sociales d’un côté et les sciences de la vie — notamment les neurosciences et les sciences cognitives — de l’autre. La question centrale est de savoir ce que nous pouvons et voulons savoir dans un monde incertain et complexe.

Au moins depuis l’expérience de la pandémie de Covid, la notion d’incertitude s’est installée dans l’espace public et, avec elle, l’idée qu’il est difficile de prédire ce que sera demain. Avec les différents conflits violents qui ont éclaté depuis, leurs interprétations et analyses parfois apparemment irréconciliables et insolubles, l’émergence de crises environnementales successives et leurs conséquences sur nos vies, ainsi que des conditions économiques et sociales pour le moins tendues et sous pression, la question se pose de savoir si nous avons encore la main sur notre futur. Comment pouvons-nous agir et réagir face à ces complexités et incertitudes de la vie, et regagner une forme de « maîtrise » qui nous aidera à construire un mieux-être pour toutes et tous ?

À partir d’études interdisciplinaires et expérimentales menées avec des collègues à Marseille, notamment Stéphane Luchini (CNRS, AMSE), actuellement membre associé de l’IFRA-SHS, sur la question de la prise de décision face à l’incertitude dans un monde complexe — c’est-à-dire dans un monde dans lequel les participants doivent comprendre une tâche expérimentale laissée délibérément non spécifiée et vague, sans connaître les gains et les pertes, potentiellement très élevés, qu’ils peuvent obtenir en choisissant une des options possibles — nous avons obtenu quelques compréhensions importantes qui influencent d’ores et déjà notre propre méthode de travail.

L’une d’elles est que ce que nous pouvons et voulons savoir, y compris pour décider, dépend de la manière dont nous regardons et percevons le monde. Ceci n’est pas en soi un constat surprenant et relève d’une réflexion méthodologique et épistémologique des sciences plus large, y compris dans une perspective historique à laquelle nous restons très sensibles. Mais cela signifie aussi que de nouveaux problèmes nécessitent de nouveaux regards. Pour cela, la question reste très concrètement et factuellement — soutenue par des recherches expérimentales — la suivante : comment percevons-nous le monde qui nous entoure ? Comment les sensations et perceptions, issues de processus cognitifs et neurobiologiques, se transforment-elles en concepts qui nous aident à comprendre le monde ? Lier le savoir sur les perceptions avec les études sur la décision et le comportement est devenu un point central de nos recherches.

Deuxièmement, toute observation et toute étude produisent des données, qu’il s’agisse de mots, de chiffres, de sons ou d’images. Mais comment regarder ces données ? Comment pouvons-nous — et voulons-nous — les appréhender ? Comment interpréter des données brutes, quelles histoires utilisons-nous pour leur donner un sens ? C’est justement à travers la production et l’interprétation des données que nous créons des mondes possibles de compréhension, qui informeront la manière dont nous agissons sur ces mondes.

Enfin, il existe des concepts — des mots — qui circulent entre les sciences sociales et économiques et les sciences de la vie. Ils sont utilisés justement pour donner du sens aux données et en créer. Ces concepts ont souvent une histoire particulière dans leur domaine — et leur langue — d’origine, qu’il est important de connaître pour en comprendre les subtilités. Mais cette histoire ne circule pas nécessairement avec le concept lorsqu’il est adopté dans d’autres disciplines. Restituer et comprendre l’évolution des concepts qui migrent entre domaines et disciplines constitue ainsi un facteur important pour un dialogue et une coopération inter- et pluridisciplinaires, afin de s’assurer d’une compréhension mutuelle plus approfondie.

L’apport de cet axe de recherche à l’IFRA-SHS consiste donc particulièrement dans l’élaboration et la mise en place d’événements fortement inter- et pluridisciplinaires.

Copyright image : Javier Allegue Barros on Unplash